Champagne Henri Giraud : fut de chêne

Chez Champagne Henri Giraud, suivant ainsi les enseignements de l’histoire, nous avons renoué avec la vinification en petits fûts depuis plus de trente années. En effet, jusqu’en 1950, il n’y avait pas de cuve et tous les vins de Champagne étaient vinifiés dans des tonneaux de chêne dont 90 % venaient de la forêt d’Argonne. Puis, vint la commercialisation massive, l’industrialisation et l’arrivée des cuves inox. Les tonnelleries d’Argonne qui avaient accompagné, durant plus de quatre siècles, l’essor qualitatif de la Champagne, entrèrent dans un profond sommeil. 

Si les vignerons champenois privilégiaient cette forêt éloignée de près de quatre-vingt kilomètres pour la construction de leurs fûts dès le XVIème siècle, c’est qu’ils en tiraient un grand bénéfice : la finesse et la discrétion de ses tanins n’ont d’égal que la pauvreté extrême de son sol de gaize dépourvu de nutriment. Les merrains ont une maille et un grain si serrés, que le bois s’efface totalement derrière le vin blond pour l’accompagner et le mettre en lumière. 

De notre travail de vinification et d’élevage en petits fûts de chêne d'Argonne, nous avons appris que le chêne porte son terroir comme la vigne. Mais si la vigne donne du vin tous les ans, une forêt ne donne des chênes de deux cent ans qu’une seule fois dans sa vie. C’est un bien précieux qu’il nous faut magnifier et protéger. Nous travaillons pour cela avec l’ONF et finançons chaque année la plantation d’environ huit mille nouveaux chênes au travers l’opération « Save the Argonne Forest ». Nous choisissons chaque arbre en forêt avec minutie ; tous sont géolocalisés et tracés à la station forestière. Chaque douelle fendue par le mérandier est tracée et gravée avant d’être assemblée en robe, tandis que les fonds sont collés à la farine de sarrasin pour exclure les résidus de gluten. 

Nos fûts travaillent cinq années durant. Ils continuent ensuite de murmurer les chants de leur terroir jusqu’au Japon où ils sont réutilisés pour l'élaboration du saké.